Vous vous posez des questions sur le modèle de la permaentreprise ? Vous en avez vaguement entendu parler mais sans réussir à vous projeter dedans ? Dans cet article nous vous partageons notre vision et proposons de découvrir de quelle manière notre cabinet de conseil en numérique responsable a intégré la permaentreprise comme modèle au cœur de son activité économique.
Qu’est-ce que la permaentreprise ?
a. entreprendre pour le bien commun
La permaentreprise est un modèle d’entreprise qui, en premier lieu, incarne des valeurs morales identiques à celles des personnes souhaitant se lancer dans un projet de création d’entreprise ou bien qui songent à donner à leur entreprise une autre dimension. Comme cela a été le cas pour Sylvain Breuzard, entrepreneur depuis 1994, fondateur du modèle de la permaentreprise et l’ayant expérimenté pour sa propre société avant de l’essaimer.
D’abord, il est indispensable d’être soi-même convaincu qu’une autre définition et direction sont envisageables pour l’économie de demain. En tout cas, il faut profondément avoir envie de voir évoluer les modèles actuels et se donner les moyens suffisants d’être prêts à répondre aux défis qui nous attendent.
Et comme une entreprise est un peu l’extension de qui nous sommes, il est essentiel de faire le point sur la personne que l’on est aujourd’hui, celle que l’on veut devenir demain et aussi d’imaginer de quelle façon on embarque les autres avec soi dans cette aventure, point très important.
b. apprendre du passé et entreprendre différemment dans une société sensiblement mouvante
Il était une fois, dans un monde principalement drivé par la croissance économique illimitée et la reconnaissance sociale par la preuve monétaire, un monde parallèle en train de faire son apparition : la permaentreprise.
Pour certains ou certaines d’entre vous, le nom “permaentreprise” vous fait peut-être penser au nom “permaculture”. En effet, les deux ont un lien !
Sylvain Breuzard s’en est inspiré après avoir lu les travaux de Bill Mollison et David Holmgren, les cofondateurs de la permaculture dans les années 70 s’étant interrogés sur la survie des populations au cas où l’alimentation manquerait. La permaculture est une autre manière de travailler la terre, elle se voulait, déjà à l’époque, être observatrice de la nature et de son mode de fonctionnement pour composer avec les éléments nécessaires à l’alimentation par le sol, et donc de façon évidente, éviter les intrants chimiques.
Voici les principes fondamentaux de la permaculture qui seront repris plus bas dans l’article pour être transposés à l’échelle d’une organisation.
- Prendre soin de la Terre,
- Prendre soin des êtres humains,
- Partager équitablement.
Nous allons vous proposer ici notre avis sur l’initiative permaentreprise tout en nous inspirant de la façon dont Sylvain en parle dans son livre ou lors de sa conférence TedX à Nantes il y a 3 ans. Spoiler alert : cet article est dépourvu de neutralité.
c. revoir et changer le modèle à sa racine
Tout d’abord nous sommes, comme Sylvain, d’accord pour dire que l’entrepreneuriat tel qu’on l’a connu, et tel qu’il règne encore de nos jours, est dépassé. Ce sera notre point de départ.
Tous les enjeux du XXIe siècle (scientifique, environnemental, social, sociétal) ne pourront trouver d’objectifs mesurables ni résulter d’actions pertinentes si nous n’essayons pas de modifier notre vision du travail, de l’économie et de son impact global. Or, le temps presse. Nous sous-estimons la réalité, soit par peur soit par scepticisme, et il serait mieux que l’on apprenne à être à la fois flexible et robuste dans les années à venir.
Vous pensez peut-être à ce stade de l’article que la RSE travaille déjà sur ces enjeux ? Cette approche périphérique à l’activité commerciale des organisations est, certes, une avancée majeure dans la prise de conscience des enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux et le développement d’initiatives internes découlant de stratégies. Malheureusement, faire de la RSE n’est pas suffisant. L’approche doit être systémique et non périphérique si l’on veut concrètement changer la donne.
La peur du changement est une émotion complètement humaine et compréhensible. Mais n’avez-vous pas déjà peur du devenir de votre organisation avec ce qui plane au-dessus de nos têtes ? Qu’est-ce qui vous ferait le plus peur dans un modèle d’entreprise qui ne cherche pas à limiter la croissance mais dans lequel on peut transformer ses craintes d’un monde incertain en réfléchissant à des leviers régénératifs pour les êtres humains et la planète ?
d. la permaentreprise n’est pas une utopie
Depuis la création du modèle permaentreprise et sa diffusion au plus grand nombre, plus d’une centaine d’organisations l’ont adopté et sans doute que nous n’avons pas la mise à jour de cette donnée.
Lorsque l’on dit plus haut dans l’article qu’il serait bien de revoir nos modèles, il n’est pas question de faire l’impasse sur la croissance économique de l’entreprise mais plutôt de rester performant et viable tout en mettant en place un fonctionnement faisant écho aux 3 principes fondamentaux et éthiques de la permaculture cités plus haut et ici adaptés à la permaentreprise :
- Prendre soin des humains,
- Préserver la planète,
- Se fixer des limites et redistribuer équitablement les richesses.
Par ailleurs, une organisation qui applique le modèle perma est une organisation plus attractive qu’une organisation non-engagée (ou au choix désengagée).
En effet, d’après un article publié en 2023 sur le blog Greenly.earth, il est écrit d’après un rapport de Salesforce que :
“66% des Français attendent qu’une entreprise ait un fonctionnement éthique et prête attention aux intérêts de leurs communautés. 48% des répondants choisissent des structures faisant preuve de générosité et 63% privilégient des organisations respectueuses de l’environnement.
Concernant les employés, une étude CSA pour LinkedIn révèle qu’une entreprise écoresponsable est plus attractive que ses concurrents non-engagés. Pour preuve, à offre équivalente, 78% des salariés choisiraient de rejoindre une entreprise engagée pour la transition écologique.”
Et ceci ne concerne pas uniquement les ressources humaines ! Les clients sont devenus avec le temps – et le seront encore plus avec les défis qui nous attendent – attentifs aux entreprises vers lesquelles ils se tournent.
La finalité de tout ça serait de voir fleurir des entreprises et d’autres types d’organisation fondés avec le modèle permaentreprise (ou d’autres modèles alternatifs) produisant de la richesse et la distribuant équitablement tout en étant attentives aux besoins de leurs équipes et en protégeant l’environnement.
Notre permaentreprise Nuageo
a. le statut de société à mission
En 2022, Antoine et Clément, cofondateurs de Nuageo, opèrent le changement statutaire de leur société. Il n’y pas forcément de lien entre les deux, on peut tout à fait être une entreprise à mission sans être une permaentreprise.
Revenons rapidement sur le statut de société (ou entreprise) à mission si jamais vous n’en avez jamais entendu parler.
La société souhaitant être société à mission est censée veiller au respect des enjeux sociaux et environnementaux. Bien entendu, pour faire les choses dans les règles de l’art, Il existe un cadre législatif avec des étapes à respecter pour la mise en œuvre de la société à mission.
La mission regroupe deux éléments complémentaires : la raison d’être et les objectifs qui y sont associés. Chez Nuageo, la raison d’être est le fruit du travail de toute l’équipe de l’époque. Dès qu’Antoine et Clément ont décidé de faire de Nuageo une entreprise à mission, tous les collaborateurs ont travaillé sur des séances de travail collaboratives spécifiques pour définir une raison d’être qui ait du sens pour le groupe, passage obligatoire pour obtenir le statut légal.
Après presque de 6 mois de réflexion commune, voici la raison d’être choisie par le collectif :
“Guider les êtres humains vers des usages numériques soutenables à impacts positifs, pour contribuer à une société libre et inclusive”
À dire vrai, cela faisait déjà un petit moment qu’ils y songeaient. Leur envie et besoin d’entreprendre pour produire de la richesse autrement s’est révélée à eux d’une façon telle qu’ils ne voyaient plus comme orientation que celle faisant écho à leur vision commune : développer une société en y mettant plus de sens et pas seulement pour eux.
Dans l’ouvrage de Sylvain Breuzard, Antoine raconte que pour intégrer le modèle permaentreprise à Nuageo, il a suivi la commission Permaentreprise entouré d’autres dirigeants. Grâce à cet accompagnement, Clément et lui ont pu dérouler en interne la méthode permaentreprise afin de la tester et de l’expérimenter avec les collaborateurs et collaboratrices, véritables moteurs de Nuageo.
Antoine y raconte aussi que le souci de prendre soin des humains avait du sens pour Nuageo, que préserver la planète était un enjeu fort par rapport à l’activité numérique de l’entreprise et enfin que partager la valeur, faire progresser les personnes et réfléchir au sens de leur métier, représentait un réel questionnement.
b. des enjeux permaentreprise pensés et définis de façon cohérente pour rester alignés sur l’identité et la vision d’une organisation
Cinq ans après la création de Nuageo, la réflexion et le cheminement vers le modèle de la permaentreprise se manifestent.
Après avoir déterminé la raison d’être de leur société à mission et après avoir participé à la commission Permaentreprise, des enjeux propres à Nuageo et à son activité ont été formalisés.
Concernant le tout premier principe de la permaentreprise qui est celui de prendre soin des humains voici les enjeux qui ont été déterminés :
- Être attentif au bien-être des collaborateurs
- Favoriser l’épanouissement des collaborateurs lors de leur parcours chez Nuageo
- Mener des projets ambitieux en respectant les personnes et les organisations
S’en suivent les enjeux correspondant au 2ème principe, préserver la planète :
- Limiter notre impact environnemental
- Promouvoir un numérique soutenable
Et enfin les enjeux répondant au 3ème principe qui est de se fixer des limites et de redistribuer équitablement les richesses :
- Construire un modèle de société apprenant, bienveillant, adaptable, participatif et propice au travail collaboratif
- Partager notre valeur et nos compétences
Une fois la raison d’être définie et les enjeux posés à plat, il a fallu passer par une étape de réflexion, conception et de coordination des actions.
c. exemples d’actions que nous avons choisi de mettre en place et d’appliquer au sein de notre activité
Pour respecter le principe éthique fondamental “prendre soin des humains” et pour tenter de répondre aux enjeux que nous nous sommes fixés, voici ce que nous avons pu expérimenter en équipe :
- Dédier une journée par semaine (les vendredis) à la cohésion d’équipe ainsi qu’à la réflexion et organisation des actions permaentreprise, se retrouver, échanger, etc.
- Planifier avec Antoine des points de synchronisation mensuels ayant pour objectif de favoriser des échanges réguliers et dynamiques en lien avec nos projets, la vie de l’entreprise ou des sujets personnels et ce en dehors des entretiens annuels.
- Instaurer une période d’auto-évaluation dans l’année pour faire le bilan complet de notre contribution en tant que collaborateur ou collaboratrice et être évalué par ses pairs sans jugement et de façon constructive.
- Organiser 1x par an un séminaire au cœur de la nature pour renforcer les liens professionnels, s’inspirer, réfléchir collectivement à l’évolution de Nuageo, etc.
Principe n°2 : préserver la planète
- Analyse du Cycle de Vie (ACV) de l’activité de Nuageo. L’unité fonctionnelle choisie a été une mission de conseil par un consultant pendant six mois. Cela implique de prendre en compte les différents impacts de nos déplacements professionnels, de nos bureaux, de notre matériel informatique, des services numériques et nous y avons également intégré notre alimentation.
- Tous les 1ers vendredis du mois, l’ensemble de l’équipe mange végétarien et les autres repas payés par l’entreprise ne contiennent pas de viande rouge.
- Mise en place du télétravail 3 jours par semaine (ou 4 pour ceux habitant loin de Paris) les lundis, mercredis et jeudis afin d’engendrer le moins de déplacements possibles.
- Mettre à la disposition de l’ensemble des collaborateurs et collaboratrices un forfait mobilités durables afin qu’ils puissent se déplacer autrement qu’avec leur voiture personnelle (vélo ou vélo électrique, covoiturage en tant que conducteur ou passager, trottinette, scooter, autopartage, transports en commun).
Principe n°3 : se fixer des limites et redistribuer équitablement les richesses
- Proposer une offre tarifaire juste et cohérente à un client quelle que soit la taille de son entreprise.
- Partager équitablement les bénéfices entre les salariés, les associés et l’entreprise et 10% sont affectés à l’investissement social, durable et solidaire.
- Mettre à profit sa valeur “expertise” auprès de petites entreprises ou associations ayant besoin d’avancer sur une problématique IT ou numérique responsable (conseil pro bono).
- Partager sa compétence en formation pour aider un collaborateur ou une collaboratrice à travailler sur tel ou tel projet.
- Donner de son temps et de son savoir-faire pour une cause en lien avec l’ADN de Nuageo (ex : animer bénévolement des ateliers de sensibilisation type Fresque du Numérique pour les citoyens, organiser le Digital cleanup day,…).
Devenir permaentreprise est la première pierre d’une structure qui devra être flexible et résiliente dans le temps
Voici ce que notre permaentreprise Nuageo déploie en interne, en externe, et qui constitue le cœur de son modèle, de sa ligne de conduite. D’autres actions sont périodiquement discutées, mises en œuvre et évaluées et ce de manière cyclique en fonction du ou des besoins du moment.
Pour conclure, nous voulons vous dire qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise formule lorsque l’on souhaite basculer d’un modèle d’entreprise dit classique à un modèle alternatif tel que celui de la permaentreprise.
Le tout est de bien comprendre que chaque action, qu’elle paraisse insignifiante ou bien très impactante, doit en priorité se confronter à la question suivante : “est-ce qu’en faisant ça je suis aligné avec mon projet de permaentreprise ?”
Aussi, se rappeler de ce que l’on a souhaité mettre en place dans son organisation afin de participer à un monde plus vivable pour soi, pour les autres et pour tous les écosystèmes qui nous entourent, est fondamental si on veut vraiment faire de ce modèle une solution qui ne va pas à l’encontre des enjeux du XXIe siècle, qui sont bien réels.
Chez Nuageo nous sommes totalement à l’aise avec le fait que ce que nous avons entrepris en 2022 peut être sujet à requestionnements. Justement ! C’est d’autant plus fructueux et challengeant pour une entreprise de parfois revoir certaines directions et projets notamment lorsque l’équipe arrive à s’approprier le modèle en lui-même. N’oubliez pas : “seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin”.
Soyez les bienvenus / bienvenues dans cette nouvelle ère de l’entrepreneuriat plus douce qu’elle n’y paraît dans un monde rempli d’incertitudes ! C’est principalement en allant vers une solution innovante (ou novatrice) et en l’expérimentant que l’on sait si elle est faite pour son organisation. Croyez-nous, elle vaut vraiment la peine d’être vécue pour tout un tas de raisons.
Si cela vous intéresse de connaître ce qu’on a mis en place depuis 2022, nous avons mis en ligne sur notre site web nos précédents nos rapports de mission.
Nous serions vraiment curieux de connaître votre futur projet permaentreprise ou bien de savoir si vous avez encore des réticences à intégrer de modèle au sein de votre propre organisation. Laissez-nous un petit message via notre formulaire de contact si le coeur vous en dit.